jeudi 25 mars 2010

Chat sur LeMonde.fr

Dans un chat sur LeMonde.fr, José Bové, tête de liste dans le Sud-Ouest pour les élections européennes, estime que seul le rassemblement Europe-Ecologie peut répondre à l'actuelle "crise socioécologique du capitalisme".

Léon: Pourquoi préférer le rassemblement des écolos au front de gauche ?

José Bové : Je crois que ce qui est important, c'est qu'aujourd'hui - et on le voit avec la crise - on se rend compte que la solution à la crise, et son urgence, imposent de répondre à la fois à la détresse de millions de personnes qui se trouvent sans emploi, et bientôt sans ressources. Et en même temps, cette crise, qui n'est donc pas simplement sociale et économique, est une crise totale de notre modèle de développement.

C'est ce que nous appelons la crise socioécologique du capitalisme. A partir de ce constat, il est évident aujourd'hui que l'approche du rassemblement Europe-Ecologie est la seule à même de répondre à ces deux niveaux de crise. Et que dans l'ensemble des composantes d'Europe-Ecologie, l'ensemble des participants sont en accord sur cette analyse, ce qui me fait m'engager dans ce cadre.

Archie: Militant de vos campagnes y compris de la présidentielle, je ne comprends pas comment vous conciliez l'écologie sur une liste, Europe-écologie, dont le coeur politique est le libéralisme aux effets dévastateurs ?

Je crois que c'est une vision caricaturale qui est propagée d'Europe-Ecologie. En effet, aujourd'hui, les écologistes sont les seuls à avoir engagé un combat pour chasser Barroso de la Commission de Bruxelles. Sur des éléments pas simplement liés à l'écologie, mais d'abord sur son attitude par rapport à la dérégulation sociale et par rapport à la mise en péril des droits des salariés européens et à sa volonté de vouloir démanteler les services publics.

De la même manière, les parlementaires Verts européens, dont Daniel Cohn-Bendit est le coprésident, demandent le départ de Barroso aussi pour avoir voulu imposer des accords de libre-échange avec les pays du Sud, et pour avoir voulu passer en force pour étendre l'a politique de libre-échange. Donc il est clair aujourd'hui qu'Europe-Ecologie, comme je le disais tout à l'heure, dénonce, à travers les crises actuelles, le modèle capitaliste dans ses dégâts sociaux et écologiques.

Mélanie_Monjean: La question écologique transcende-t-elle les clivages politiques ?

Je crois que la prise de conscience sur les dégâts causés aujourd'hui à la planète peut être prise en compte par tous les citoyens, quelle que soit leur appartenance ou leur préférence politique. Mais le constat seul ne suffit pas à apporter des réponses. Et le modèle libéral, comme celui actuel de la majorité en France ou en Europe, ne répond pas à la crise et ne permet pas d'en sortir.

David_Miodownick: Croyez vous en un éco-capitalisme ?

De manière très claire, pour moi l'écologie n'est pas compatible avec le capitalisme. Toutes les idéologies productivistes, de droite comme de gauche, ont failli, et les risques liés à ce modèle, avec le réchauffement climatique qui s'accélère, montrent qu'il faut changer de logiciel pour repenser l'avenir.

Isidore_le_bien-heureux: En entrant dans l'arène politique, n'êtes vous pas en train de renier ce qui faisait votre spécificité, c'est à dire occuper le terrain sociétal ?

Pendant trente ans, j'ai été syndicaliste, j'ai été à la création de la Confédération paysanne, j'ai été porte-parole de cette organisation pendant plusieurs années, et j'ai assumé des responsabilités au niveau international dans Via Campesina. Aujourd'hui, il me paraît indispensable que des doyens qui ont assumé des responsabilités de ce type assument aussi la possibilité de changer les règles du jeu à un niveau européen.

En ce qui me concerne directement, par rapport à mon vécu, l'enjeu de la politique agricole commune, qui doit être modifiée en 2013, ne peut pas me laisser indifférent. Nous avons une chance historique de réorienter la politique agricole d'alimentation, et donc l'avenir aussi de la biodiversité dans le continent européen. Ce n'est pas simplement une question d'aménagement des politiques actuelles, c'est bien la nécessité de tourner le dos au modèle productiviste agricole qui a éliminé des millions de paysans, détruit la qualité des aliments et saccagé l'environnement. De plus, c'est une nécessité par rapport à l'avenir des paysans des pays du Sud victimes du dumping économique. C'est pour moi une question fondamentale, et je ne peux pas rester les bras croisés.

David_Miodownick: Selon vous, Nicolas Hulot est-il un vrai écologiste ou un intermittent du spectacle à coloration environnementale?

Je n'aime pas beaucoup parler pour les autres. Cependant, je connais Nicolas Hulot depuis plusieurs années, j'ai pu assister à l'évolution de ses prises de position, et je dois reconnaître qu'au mois de janvier 2008, au moment où nous faisions la grève de la faim pour obtenir le moratoire sur la culture du maïs transgénique, Nicolas Hulot ne nous a pas seulement soutenus, il s'est engagé de manière très ferme dans ce combat. Pour moi, ce sont les actes qui comptent, et c'est ce qui me paraît le plus important.

Isidore_le_bien-heureux: A quoi attribuez-vous le peu de crédibilité que les Français accordent, en terme électoral, aux mouvements écologiques?

Je ne sais pas à partir de quels critères vous vous fondez pour cette affirmation, parce qu'on le voit à chaque élection locale, communale, régionale, les écologistes ont souvent de très bons résultats. De même qu'à chaque élection européenne les listes des Verts - et maintenant d'Europe-Ecologie - ont des résultats qui dépassent souvent ce que certains observateurs prédisent. Je crois qu'il y a une véritable prise de conscience chez les citoyens de ces questions d'urgence écologique, et que dans les élections de ce type, les électeurs font confiance aux écologistes pour apporter des solutions sur ces questions.

_resk1: Vous vous êtes souvent déclaré de la gauche libertaire, mais on ne vous a pas beaucoup (du tout ?) entendu sur l'affaire de Tarnac. Pourquoi?

J'ai, dans les premiers jours après le déclenchement de l'affaire de Tarnac, apporté mon soutien et il n'est pas dans mes habitudes de m'imposer à la place de ceux qui mènent un combat. Par contre, je suis prêt à répondre à tout appel qui me serait fait pour amplifier le mouvement.

Je trouve scandaleux qu'une personne soit encore incarcérée alors que tout montre que nous avons affaire à une intox organisée par le ministère de l'intérieur pour tenter d'accréditer la thèse terroriste. A travers l'affaire de Tarnac, et aussi à travers beaucoup d'autres atteintes aux libertés, on assiste actuellement à une dégradation des droits des personnes et à une politique de plus en plus sécuritaire basée sur la peur et la stigmatisation.

Pims: En tant que décroissant, êtes-vous en faveur d'une hausse du pouvoir d'achat ?

Par rapport à la question pouvoir d'achat, je crois qu'il est indispensable de mettre en place des mesures ponctuelles pour le pouvoir d'achat, pour permettre aux plus bas salaires et aux gens qui bénéficient de minima sociaux ou de retraites dérisoires de pouvoir vivre décemment. De même, il faut mettre en place un moratoire sur les expulsions de logement et une protection renforcée des salariés actuellement menacés de licenciement, car ils ne sont en rien responsables de la crise.

Je voudrais malgré tout donner une autre piste, qui est le fait que si les gouvernements successifs de ce pays depuis dix ans avaient mis en pratique les propositions des écologistes, on aurait pu diviser par deux la facture de chauffage et de carburants utilisés par les ménages. Les familles auraient pu ainsi économiser 36 milliards d'euros, c'est-à-dire 1,5 fois le plan de relance de Sarkozy. Je dis cela pour montrer qu'en situation de crise, il faut des réponses urgentes, mais qu'il faut en même temps prévoir la reconversion de l'économie et du modèle dans lequel nous vivons.

Laure_1: Que pensez vous des promesses de Barak Obama en matiere de protection de l'environnement ?

Pour l'instant, les deux éléments qui semblent positifs sont : d'abord, le fait que le président des Etats-Unis veuille s'inscrire dans le cadre des accords internationaux et participer ainsi à Kyoto et à la rencontre de Copenhague. Le deuxième élément positif, ce sont les déclarations du président sur le développement massif des énergies renouvelables, notamment solaire et éolien. Voilà les aspects positifs.

Aujourd'hui, je pense qu'il est urgent que tous les citoyens se mobilisent en vue des négociations de Copenhague en décembre 2009. Ce sera, je pense, le sommet le plus important de ces dix dernières années. Pour l'avenir de la planète, Copenhague est aussi important que Seattle en 1999. Et la responsabilité des pays industrialisés, Europe et Amérique du Nord, doit être mise en avant. En effet, les pays riches ont, avec seulement 20 % de la population mondiale, contribué à l'accumulation de 75 % des émissions de gaz à effet de serre. Il faut donc que les pays riches assument leur responsabilité et la mutation de leur économie, et reconnaissent à travers les accords qui auront lieu leur responsabilité vis-à-vis des pays du Sud.

antho: Le rassemblement des écologistes pour les élections européennes était indispensable...Pouvons-nous rassembler plus large (Parti de gauche, NPA) ?

Je crois que chacun doit réfléchir par rapport aux urgences que nous avons devant nous. Ces élections européennes vont permettre de renouveler le Parlement européen, nous verrons à ce moment-là comment vont se situer les différents mouvements par rapport au vote à l'intérieur du Parlement européen. J'appelle aujourd'hui clairement à la fois le NPA et le front de gauche à dire clairement s'ils vont soutenir notre proposition pour demander le départ de Barroso.

Nous avons déjà demandé au Parti socialiste de se prononcer, et nous allons de la même manière demander au MoDem d'assumer ses responsabilités. C'est sur des points concrets que des fronts peuvent se construire par rapport à des objectifs atteignables.

Zap: Mais vous excluez tout rapprochement avant les élections ?

Nous avons dès le mois d'août 2008 annoncé le rassemblement Europe-Ecologie. Le NPA et le Front de gauche se sont positionnés il y a quelques semaines seulement. Je pense que s'ils avaient voulu nous rejoindre ou discuter avec nous, ils avaient largement le temps de le faire. A eux d'assumer maintenant les priorités qu'ils veulent mettre en avant dans cette élection européenne.

Je crois qu'il est indispensable que cette élection ait pour objectif d'élire des députés qui puissent agir concrètement au niveau européen. La véritable question n'est pas de seulement sanctionner Sarkozy, mais bien de constituer un Parlement européen qui puisse résister à la logique libérale et à la destruction de la planète.

antho: L'avenir du rassemblement ne dépend-il que du résultat des Européennes ?

Depuis le lancement d'Europe-Ecologie, des femmes et des hommes se sont habitués à travailler ensemble, de quelque horizon qu'ils viennent, et la dynamique ainsi créée me laisse penser qu'Europe-Ecologie n'est pas simplement un rassemblement pour une élection, mais bien la volonté de construire un rassemblement dans la durée. Bien évidemment, j'espère qu'à travers Europe-Ecologie la dynamique pourra continuer, pas seulement pour les échéances électorales à venir, mais aussi pour rassembler de plus en plus de personnes qui veulent s'engager au quotidien face à l'urgence.

Melanie_Monjean: Que répondez vous à ceux qui vous reprochent votre "cirque médiatique" ?

C'est toujours difficile de répondre à une telle question. Je me suis toujours engagé dans des actions à visage découvert et en assumant mes actes. Et pour qu'une action puisse avoir la capacité de faire changer une situation, il faut qu'on puisse faire partager les raisons de nous mobiliser par le plus grand nombre. Je ne crois pas qu'il faille repousser la possibilité d'avoir l'écho le plus large possible à travers les moyens de communication qui existent.

cerrumios: Où en est votre implication dans les actes de fauchage de maïs transgénique? On vous y voit moins ces derniers temps...

Depuis le mois de janvier 2008, un moratoire sur les cultures de maïs OGM en plein champ a été pris. Cela signifie que pour la saison 2008 et maintenant 2009, il n'y a plus de maïs commercial OGM en plein champ. De la même manière, après le dernier fauchage d'une parcelle de maïs OGM à Valdivienne, en août 2008, il n'y a plus d'essai en plein champ autorisé sur le territoire français. En effet, grâce au recours que nous avons effectué devant le Conseil d'Etat, tous les essais ont été invalidés par la juridiction administrative. Donc il est logique que nous ne n'ayons plus de nouvelles actions à mener, puisqu'il n'y a pas d'OGM qui vont être plantés en 2009 sur le territoire française, ni commerciaux, ni expérimentales par les firmes.

Cependant, un nouveau risque est en train de naître, c'est la mise au point dans certaines firmes agrochimiques de nouvelles variétés de colza et de tournesol résistantes à un herbicide et obtenues non pas par transgenèse, mais par mutagenèse. Le risque environnemental est le même, mais là, comme pour les OGM il y a dix ans, il n'y a eu aucun débat. Cela pour nous est inacceptable.

Ilpiccolino: En ces temps troubles, où la survie économique devient prioritaire pour de plus en plus de gens, ne craignez-vous pas que l'écologie soit mise de côté?

D'après les nombreuses personnes que je rencontre et les discussions que je peux avoir, y compris dans les transports en commun, aujourd'hui, pour beaucoup de gens, il paraît évident de faire le lien entre la crise du pouvoir d'achat et la crise liée à la menace climatique par exemple. Tout le monde se situe par rapport à soi mais aussi par rapport à ses enfants ou à ses petits-enfants, et toutes les personnes me disent qu'effectivement, il y a nécessité de remettre en cause ce modèle de développement et ce mode de vie qui nous amènent dans le mur.

Djulian59: Si vous êtes élu député européen, adhérerez vous chez les Verts ? Comment envisagez vous une activité d'élu, par rapport à un mandat syndical ?

Tout d'abord, avant de me présenter, j'ai démissionné de tous mes mandats syndicaux, et notamment, en octobre 2008, de mon mandat de porte-parole pour la souveraineté alimentaire à Via Campesina. En effet, il ne faut pas mélanger les genres, et il faut assumer le fait de changer de façon d'agir. Si je suis élu, comme je l'espère, avec au moins une dizaine d'autres candidats d'Europe-Ecologie, bien évidemment, j'adhérerai au groupe parlementaire des Verts européens, qui est allié aussi avec les élus régionalistes européens. C'est un choix qui a bien sûr été fait par l'ensemble des candidats d'Europe-Ecologie.

Cependant, nous travaillerons pour essayer, comme je l'ai dit tout à l'heure, de mettre en place des alliances pour répondre aux crises et pour lancer l'idée de la mise en place d'une assemblée constituante pour inscrire véritablement l'Europe démocratique à laquelle nous aspirons. Pour nous, il est indispensable que l'Europe se transforme et que les citoyens européens puissent, à travers la mise en place d'une Constituante qui serait proposée par le Parlement européen, agir et voter pour une véritable transformation de l'Europe.


Chat organisé par Sylvia Zappi
LeMonde.fr

Les articles au sujet de José Bové sur LeMonde.fr :
http://www.lemonde.fr/sujet/1495/jose-bove.html

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